Suzanna arrive au studio sans maquillage, elle est prise en main, dorlotée, sublimée, elle rentre le ventre, pose, fume, pose, fume, change de chaussures, de ceintures, de collants, fume, bâille, pose, fume, grignote, regrette, fume, pose, boit un coca light, explose son forfait SFR pro dix heures, termine vers 22 heures, refuse d'aller prendre un verre au Baron, aime qu'on la supplie, accepte, finit au VIP, au Merck, chez Lucy's ou ailleurs, commande une vodka, ne paye jamais, fume, une autre, encore une autre, le flou, une main sur la cuisse, une langue, des rires.
Fahrenheit se mêle à Poison, Chance roucoule avec Eternity. Diesel caresse Diesel mais en pince pour Abercrombie. Les femmes ferment les mêmes sacs et souffrent dans les mêmes escarpins, les hommes rêvent de se réveiller dans des bras plus jeunes. Des silhouettes, des ombres, ça mate, une tequila, ça paluche, un gin ça sniffe, la musique assourdissante, Suzanna finit ses verres, un type la suit aux toilettes, Suzanna plaquée contre le mur, le type respire fort, gémit, il jouit, la capote pleine dans la cuvette, il tend sa carte de visite, agent immobilier international, remonte sa braguette, vérifie que sa chemise et ses mocassins en daim n'ont pas morflé, demande un numéro de téléphone, au moins le nom d'une agence, un prénom alors. Suzanna s'enfuit, monte dans le premier taxi, baisse la vitre, se fait engueuler, paye avec une grosse coupure, se fait engueuler, claque la portière très fort, se fait insulter.
Le lobby de l'hôtel, trop éclairé, le regard libidineux du concierge, l'ascenseur avec des miroirs et les menus de jour. Des crampes à l'estomac, carte électronique, lumière automatique. Welcome, Miss Suzanna Heike. Le King size bed, la découverte, un chocolat, le film de cul à neuf dollars, l'haleine rancunière, la chair de poule, le bain moussant sponsorisé.
Ce matin, c'est Carita.
Extrait d'un livre que j'ai aimé - (Presque Top Model de Géraldine Maillet)